Histoires de succès

Nous vous proposons les témoignages de petits paysans qui sont partis de maigres moyens pour exécuter leurs projets de développement.

Aujourd’hui, ils se réjouissent du pas franchi au sein des IGG, des coopératives, des mutuelles de santé et de l’Université populaire Haguruka (UPH).

1. L’IGG Dushirehamwe a fait de Diomède NDIKUMWAMI ce qu’il ne croyait pas être
« Je m’appelle Diomède NDIKUMWAMI. L’idée d’adhérer à l’IGG m’est venue après des séances de sensibilisation qui ne visaient que notre indépendance économique et notre autopromotion. Notre IGG compte 10 membres, chacun cotise une somme de 6 000Fbu par mois. L’IGG Dushirehamwe a fait de moi ce que je ne croyais être. Aujourd’hui, je suis l’un des éleveurs de cette colline. J’ai 4 vaches grâce à l’IGG qui m’a formé en matière d’épargne et de crédit. Aujourd’hui, nous faisons une gestion rationnelle de la récolte grâce à notre coopérative Tuvehasi où nous stockons notre récolte. Ainsi, on ne craint pas d’éventuels cas de vol et cela nous aide à bien gérer la récolte. Si j’essaie d’analyser ce que j’ai gagné après avoir adhéré à notre IGG, je conseillerais à ceux qui ne sont pas encore membre du mouvement de nous y rejoindre sans tarder. Ils n’ont qu’à regarder nos réalisations, nous pouvons leur servir d’exemple. J’ai décidé d’acheter une plaque solaire pour éclairer ma maison surtout que je commence à vieillir. Mes enfants en avaient besoin surtout ceux qui sont encore sur le banc de l’école. Aujourd’hui, nous vivons aisément, mes enfants révisent bien les cours. Bref, la plaque que j’ai achetée a changé beaucoup de choses dans notre vie ».

2. L’Université populaire Haguruka peut maintenant compter sur ses lauréats : Stéphanie SIBONIYO ne croyait pas que le diplôme reçu de l’UPH allait l’aider en quoi que ce soit
« Je m’appelle Stéphanie SIBONIYO, un des membres fondateurs de notre IGG Akezakararangwa. Ici je voudrais vraiment témoigner de l’importance des formations que j’ai suivies grâce au concours d’ADISCO depuis 2009. Et très récemment, j’ai été formée à l’Université Populaire HAGURUKA pendant une période de trois ans avec les autres leaders des coopératives. En 2009, j’ai suivi une formation dans le domaine de la myciculture. Par après, j’ai pratiqué les connaissances acquises chez nous dans la coopérative Twijukirikizinu sise sur la colline Nyarunazi. A maintes reprises, j’ai été sollicitée pour aller former d’autres membres des IGG dans les communes Giheta, Mutaho et Rutegama. Aussi, l’ONG World Vision m’a invitée à aller former en myciculture dans la province Cankuzo au niveau de six collines. Par après, il y a une organisation qui était à la recherche des formateurs dans les techniques de culture des champignons.

J’ai déposé mon CV où j’ai fourni tous les détails : études faites, expérience, formations suivies, etc. Je n’ai pas oublié de mentionner que je suis diplômée de l’UPH, ce qui a fait que j’ai été parmi les trois qui ont été retenus sur un total de onze candidats qui avaient postulé. Dans la province Ruyigi, commune Bweru, colline Ntunda où j’ai été appelée pour former les membres de différentes associations, certains membres se sont organisés et m’ont demandé de les former en matière de leadership, ce que j’ai fait sans hésiter car j’ai un bagage suffisant grâce à la formation de l’UPH. Je peux vous dire que dernièrement, cette organisation m’a appelée pour une autre formation qu’elle compte organiser. Il y a aussi des chefs de collines de notre commune qui viennent de me dire que d’ici peu, je serai invitée à former des jeunes en situation de chômage. Tout cela c’est grâce aux connaissances acquises à l’UPH et je ne croyais pas que le diplôme reçu allait m’aider en quoi que ce soit. J’invite les autres leaders des coopératives qui auront la chance d’être recrutés à l’UPH de bien suivre les formations. Les connaissances qu’ils vont acquérir leur serviront dans la vie ».

3. L’apport de la Cellule Veille Genre et Droits Humains dans la prévention des violences conjugales n’est plus à démontrer
Pour contribuer au renforcement de la cohésion sociale dans la communauté en général et dans les ménages en particulier, il a été mis en place, sur chaque colline, une Cellule qui est chargée de gérer pacifiquement les conflits surtout ceux liés au genre et d’aider les victimes des violences intraconjugales à saisir les juridictions compétentes. Les membres de ces cellules aident les ménages qui sont en conflit à se réconcilier comme on le constate à travers ces témoignages.

Cléophas KARENZO, 52 ans
« Je m’appelle Cléophas KARENZO et je suis âgé de 52 ans. Quand je me suis marié en 1987, j’émettais aux mêmes ondes avec ma femme. Nous faisions des projets ensemble et on se concertait mutuellement quand il s’agissait de prendre une décision. Après deux ans de mariage, les fruits de notre travail commençaient à se faire remarquer. Il y a eu une très bonne récolte de haricot à tel point que nous avons décidé de vendre une partie pour investir dans d’autres projets. L’argent qu’on a eu, je l’ai gardé sur moi à l’insu de ma femme. A la récolte, j’ai vendu une partie de notre récolte et nos moyens ont vite augmenté. Par après, j’ai commencé à considérer ma femme comme une étrangère, je ne voulais pas lui dire l’argent qu’on gagne et encore moins lui permettre de poser une question à propos de son utilisation. Ainsi, j’ai commencé à fréquenter d’autres femmes, tout l’argent de la maison me servait à m’acheter à boire et à entretenir mes concubines : c’était ça ma vie pendant plusieurs années.

Un soir quand je rentrais du bar, ma femme m’a demandé l’argent pour acheter le matériel scolaire. La réponse n’a été que de sérieux coups de bâton pour la faire taire. A partir de ce jour, pour m’épargner de ses questions, je la frappais tous les soirs et mes voisins étaient habitués à notre bagarre. A un certain moment, la famille a sombré dans la misère : nous n’avions plus rien à manger, les enfants portaient des habits déchirés et tous avaient abandonné l’école, ma femme était toujours malade à cause de ces coups de bâton devenus régime quotidien.
En 2015, deux personnes de notre colline sont venues me voir à la maison. C’est à ce moment qu’ils m’ont appris qu’ils font partie d’une Cellule qui lutte pour les droits de l’Homme et la promotion du genre. L’un d’eux était un homme que je connaissais bien. Celui-ci a commencé à me faire comprendre que tout ce que je faisais subir à ma femme et à mes enfants n’était que des violations des droits de la personne humaine, précisément les violences faites aux femmes.

Dans un premier temps, je n’arrivais pas à comprendre surtout comment je pourrai permettre à ma femme de prendre une décision sur la récolte ou de la consulter chaque fois qu’il y a un projet à réaliser. Je savais que battre une femme est l’une des prérogatives d’un homme qui se respecte dans sa famille. Mais chaque soir, je me posais la question de savoir pourquoi tous ces conseils sortaient de la bouche d’un homme comme moi. A partir de ce moment, et j’ai décidé de changer.
Après beaucoup de jours de réflexion, j’ai décidé d’approcher ma femme pour lui demander pardon. Ce jour là, ma femme ne m’a pas cru mais j’ai essayé de la rassurer. Au fur du temps, elle remarquait de nouvelles initiatives de ma part et aujourd’hui je me rends compte que ma famille a vécu l’enfer à cause de moi. Je suis vraiment reconnaissant du soutien apporté par les membres de la cellule veille genre et droits humains de notre colline car grâce à eux nous sommes heureux dans notre famille ».